De la Neutralité des moteurs de recherche
De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités
Tout le monde se souvient de l'affaire Google et Mme Obama : la recherche de "Michelle Obama" affichait des photos de guenons. L'offense raciste était évidente.
Google s'était alors défendu de ne pas être censeur de l'information et s'était abrité derrière son **algorithme* d'indexation d'Internet, aveugle et impartial.
Mais les moteurs de recherche sont-ils vraiment impartiaux dans le classement de leurs résultats ?
Les SERP en théorie
Nul doute que Google n'avait pas volontairement associé ces contenus et qu'une bande de rigolos s'étaient amusés à faire une Google Bomb de mauvais gout en vu de promouvoir ces contenus en 1ère position les SERP - Search Engine Result Position -.
Google n'était pas intervenu immédiatement pour supprimer ces associations, en expliquant que l'algorithme de son moteur est conçu pour diffuser les contenus les plus pertinents et proches des centres d'intérêts des internautes, et que Google n'avait pas pour vocation de modérer ses informations.
Nous devrions donc à priori nous réjouir que Google s'inscrive dans la continuité de la Neutralité du Net, au travers cette Neutralité du Search, et rejette toute forme de censure de l'information.
Les SERP arrangés
Une étude de Janvier 2011 montre une réalité différente.
Un étudiant de Harvard a publié une étude sur les SERP de différents moteurs de recherche qui montre que les dés sont pipés.
Entendons-nous bien, je ne parle pas des zones publicitaires ou réservé au SEM - Search Engine Marketing -, dont les emplacements sont vendus mais le la liste centrale dont le classement a toujours été présenté comme basé sur un algorithme impartial par Google.
Mais en comparant les résultats entre les principaux moteurs de recherche, cet étudiant a montré que chaque moteur de recherche affiche en première position ses propres services pour certains mots clés.
Par exemple, les services de Google apparaissent 3 fois plus souvent dans les SERP de Google que sur les moteurs concurrents, confère l'image jointe à cet article extraite de cette étude.
A la vu de ces informations, les SERP de Google et Yahoo! ne sont pas impartiales. Mais au contraire, ces compagnies modifient, ou modèrent, la mise en avant de certains contenus, indépendamment des "centres d'intérêts des internautes", quand cela arrange leurs intérêts financiers.
Cet étude montre donc que Google n'est pas neutre dans l'accès à l'information. Ne comptez donc pas développer vos services de courrier original, Gmail sera toujours promu devant vous.
L'information libre a t'elle un futur ?
Google assure plus de 90% des recherches dans le monde. Mais surtout, Google, avec ses produits très simples et gratuits, a modifié considérablement les habitudes des internautes en une décennie : quasiment tous les internautes utilisent systématiquement un moteur de recherche pour trouver une information.
Les alternatives aux moteurs d'indexation automatiques pour rendre visible un site sont les réseaux sociaux, les annuaires de sites, les bookmarks des navigateurs, les encyclopédies.
Là encore Google a influencé profondément nos habitudes :
- les annuaires de sites modérés manuellement sont moribonds. Même celui de Yahoo! est mort. Le seul survivant de cette époque est aujourd'hui l'annuaire historique DMOZ. Ces annuaires recensent pourtant des pépites qu'aucun algorithme ne sera jamais valoriser.
Considéré au mieux comme des sources d'information caduques, au pire sources de désinformation ou fermes de liens SEO nocives pour la visibilité des contenus légitimes de ses utilisateurs, Google a fait disparaitre ces sources d'information concurrentes en les supprimant des SERP. - les bookmarks des navigateurs sont également en voie de disparition. Ils restent plus compliqués à gérer dans le temps que de lancer une nouvelle recherche et d'utiliser son historique de navigation.
- les réseaux sociaux sont une source dynamique d'informations instantanée. Probablement l'alternative la plus riche fasse à Google. Les informations véhiculées se limitent à de l'événementiel. C'est le culte de la consommation d'information instantanée, qui disparait dans l'heure, voir la minute.
- enfin, les encyclopédies, comme Wikipedia, recensent des bases de connaissance durables où les sources d'information sont citées, permettant ainsi de retrouver l'information originale.
En résumé, le prix à payer pour avoir un outil de recherche pertinent est donc le suivant : ce qui ne plait pas aux algorithmes de Google n'est pas affiché dans les résultats de recherche et donc n'existent pas pour les internautes.
Je pense que la bulle des réseaux sociaux et la durabilité de Wikipedia sont des réponses plus ou moins conscientes à l'omniprésence de cette compagnie dans l'accès à l'information.
Que faut-il changer pour promouvoir mes contenus ?
Ce constat ne remet pas fondamentalement en cause la stratégie de vos sites.
Ils existent parce que vous avez des informations ou des services à promouvoir. Ils doivent être accessibles aux plus grands nombres d'internautes, et donc de fait à des robots d'indexation.
Ils sont plus ou moins visibles sur les moteurs parce que vous avez plus ou moins de concurrents.
Cette étude démontre l'intérêt des systèmes de promotion alternatifs au simple SEO/SEM, notamment l'usage des réseaux sociaux, des encyclopédies, des partenariats avec Google qui faisant la promotion de ses produits, fait indirectement la promotion de ses partenaires.
Elle nous rappelle que Google, bien que très généreux donateur aux communautés Open Source, n'est pas une de ces communautés mais reste une compagnie qui n'offre pas ses services mais les valorise.
Enfin, Internet grossissant et Google ne pouvant offrir des services spécialisés pour chaque thématique, il me semble probable que dans 10 ans il ne devienne qu'une source d'informations parmi d'autres.
Source : Benjamin Edelman
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